Au tout début des années 70, du haut de mes 6 ans, je classais les DS en 2 catégories : les 19 avec leur
phares ronds, et les 21 avec leurs yeux de chat ! Cette classification bien sommaire qui ignorait
les IDs, DSpecial et autres DS20 fut chamboulée par un voisin qui acheta une DS 23IE brun scarabée.
A partir de ce moment, je mis un point d'honneur à les distinguer toutes !
Puis le temps a passé, les DS se sont mise à se faire de plus en plus rare sur les routes jusqu'à ce qu'un
jour je me décide à faire le grand pas et à m'offrir le rêve de mon enfance. Hélas, à partir
de ce moment, je pense avoir accumulé toutes les erreurs à ne pas faire.
je tombe sur une annonce d'un professionel qui présentait une DS 20 Pallas 73 en très bon
état. Je me précipite sur le téléphone, convient d'un rendez-vous et le Samedi suivant, me voici à faire
400 kms (800 A/R!) avec femme et enfant ...
Je la trouve perchée sur un pont, ce qui me permet de jeter
un coup d'oeil sur les soubassements. N'y connaissant strictement rien,
je ne vois absolument rien d'anormal, tout au plus quelques boursouflures qui parsème les longerons...
Le gars la fait descendre en me disant que cette beauté n'attend plus qu'un voile de peinture. Un essai sur
100 mètres me rassure totalement sur le plan mécanique : elle roule ! J'entame donc une phase de négociation
qui dure tout au plus 40 secondes :
- c'est votre dernier prix ?
- vous savez, les voitures en excellent état comme celle-ci partent très vite !
- oui, mais elle est quand même un peu chère !
- oui, mais moi, j'ai des frais, je suis un professionnel
- Bon, ben, d'accord, je la prends.
Vous l'avez remarqué, mes talents de négociateur valent autant que ceux de mécanicien !
Cependant, je ne peux pas la prendre, puisqu'elle n'a pas encore de C.T. Je laisse un accompte, et je m'en vais,
avec une dizaine de photos gracieusement offertes par le garagiste.
15 jours plus tard, me voici de nouveau à faire mes 400 kms. Elle est dehors, elle n'attend plus que je l'emmène.
je paye le vole..., euh, le garagiste et je m'installe au volant. Le démarrage est assez laborieux car la batterie
est pratiquement morte; La boîte hydro un peu capricieuse alliée à mon inexpérience ne me facilite pas la tâche
pour faire le premier démarrage en côte, mais j'y arrive quand même, et me voila parti au volant de MA DS dans
cette froide mais ensoleillée journée de 11 Novembre. Passé le stress des 10 premiers kilomètres ,
je me décontracte et commence à apprécier le confort et la conduite de cet engin qui me change de la R21 quotidienne.
Malheureusement pour moi, il est trop tôt, et seules les vaches dans les champs peuvent admirer ma superbe auto. Soudain,
au détour d'un virage, le gros voyant rouge signifiant un arrêt immédiat s'allume ! Pas le temps de chercher où sont
les warnings (d'ailleurs, est ce qu'elle en a ?), je me gare sur le bas côté. Il ne me faut pas longtemps pour m'
apercevoir que le problème vient du radiateur : il n'y a plus d'eau ! Les deux bidons trouvés dans le coffre
me disent que le problème ne doit surement pas être inconnu de l'ancien propriétaire ... Je refais le plein et je
repars. 30 kilomètres plus loin, le voyant s'allume de nouveau. Je me gare pour refaire le plein. Avec le recule,
je me dis maintenant que le moteur et le joint de culasse d'une DS, c'est du costaud car ils ont tous les deux
supportés des vidages/remplissages à répétition, qui auraient été mortels pour n'importe qu'elle autre voiture !
Quoiqu'il en soit, ces 400 kilomètres ont été un vrai cauchemard : la pluie venant, impossible de désembuer les
vitres. De plus, le nombre de garage ouvert le 11 Novembre étant très limité, trouver de l'eau est une vraie
gageure, un comble pour un jour aussi pluvieux !
J'arrive tout de même à destination, avec un dernier effort pour réussir à garer la DS dans mon box : le rayon de
braquage ne vaut pas celui des modernes ! Fourbu et un peu décontenancé de cette première journée, je referme la
porte du garage ... qui ne se ferme pas et qui m'oblige donc à faire du rangement pour rentrer la voiture et
ses 4,87 m complètement !
Après avoir changé le radiateur, la batterie, les 4 sphères, les cafetières etc ... dans mon minuscule
box sans éclairage (bonjour la galère !) j'ai roulé pendant 2 ans avec, apprenant à connaître petit à petit, tous ses
défauts (longerons, coffre, baie de pare-brise, en somme, tout ce qu'il aurait fallut inspecter avant de l'acheter !).
Un jour de déprime, j'ai commis l'erreur de vouloir la refaire de A à Z : à force de lire la presse spécialisée
où tout parait si facile à tout le monde, j'ai eu envie de faire une restauration "top" que je pensais être
rapidement faite. Je l'ai donc minutieusement démontée. C'était en 1998 et elle en est toujours au même point ...
Depuis, j'ai racheté une 19 1967 qui n'est pas au dessus de tout soupçons
au niveau de l'hydraulique, ni au niveau carrosserie, mais qui me permet de rouler en attendant d'avoir suffisament
de temps pour remonter la première !